mercredi 2 juillet 2014

Analphabétisme, quel long mot...

En juin dernier nous avons fabriqué des bustes de personnages
portant chacun une lettre; mis tous ensemble ils forment le mot analphabétisme.
La semaine suivante par un matin gris, nous avons installé ceux-ci devant la bibliothèque du Centre Culturel Georges Vanier.


Comme la pluie se faisait intense en après-midi, une gentille personne à l'emploi du Centre Culturel les a mis à l'abri à l'intérieur, pour ensuite leur faire une place à la bibliothèque !


Ben non c'est pas des vrais...!




Lorsqu'on est analphabète, il est impossible de remplir des formulaires sans l'aide de quelqu'un. C'est pourtant ce qui se passait trop fréquemment lorsque les participants se rendaient au Centre Local d'Emploi. Malgré qu'on doive leur fournir cette aide, on leur disait de trouver de la trouver autour d'eux, famille, amis, voisins. Mais solliciter de l'aide à l'extérieur pour remplir son formulaire d'aide sociale ce n'est pas quelque chose d'agréable.

Ressentant frustration et colère devant ces refus répétés, nous avons peint en rouge des formulaires d'aide sociale, les avons roulés et installé une petite ficelle pour faire une mèche, les transformant ainsi en pseudo bâtons de dynamite. À l'intérieur de ceux-ci, il y avait un message réclamant de l'aide et à l'extérieur, un autre disant : message à l'intérieur.

Ensemble nous sommes allés porter nos bâtons au Centre Local d'Emploi.
L'action a eu des répercussions qui se sont étalées sur une période d'un an. En mai dernier, 3 hauts fonctionnaires sont venus nous rencontrer pour nous entendre.

 Comme quoi parfois il faut sortir du cadre pour que ça bouge!


La chorale des 100 voix.

Ni vus, ni entendus.

Voilà comment on peut se sentir lorsqu'on a de la difficulté avec la lecture et l'écriture. Dans le but de se rendre visibles dans un quartier jadis populaire mais qui aujourd'hui se gentrifie et d'exprimer comment on se sent, nous avons joué les aveugles et les muets. Installés devant la station de métro Lionel Groulx et ensuite sur la rue Notre-Dame, nous avons chanté en silence, rythmant notre mélodie au son d'un tambour fabriqué d'un seau de plastique, attirant ainsi l'attention des passants. 


Nous voilà !

Une action révolutionnaire dans la culture ne saurait avoir pour but de traduire ou d'expliquer la vie, mais de l'élargir.   Guy Debord

Depuis 2 ans grâce à une subvention d'Engrenage noir, je consacre une partie de mon activité artistique à un projet d'art communautaire militant en collaboration avec le Céda. C'est avec des adultes en processus d'alphabétisation que nous intervenons dans l'espace public pour dénoncer ou réclamer des changements. Ensemble, nous nous appliquons à élargir la vie.

Les mini manifestants.



Pour notre première installation dans l'espace public, nous fabriquons des mini manifestants nous représentant. Chaque pancarte livre un message personnel.

À cet effet vous pouvez lire le très beau texte, L'art de se dire, 
de Caroline Legault et Dominique Laguë à l'adresse suivante: